Les passant(e)s

Ecouter Brassens chanter « Les passantes ».

Laisser remonter mes propres ombres. Mes ombres sont des regards. Des éclats dans des yeux inconnus, des intentions limpides. Quelques détails auxquels la mémoire s’accroche, ceux qui avaient provoqué le désir. Par effraction.
La chaleur d’une peau, une fêlure dans la voix, l’odeur d’un corps, un cercle de métal qui marque un poignet.

Revivre ces moments rares, où une force invisible nous a poussés vers un corps, vers une bouche inconnue. Où parfois, malgré l’extraordinaire alchimie pressentie, on a retenu l’élan. Pour une bonne raison, ou pas.
Et pourtant, on est en résonance, on sait, on sent que l’autre nous a également reconnu, nous a également envisagé.

Je me sens parfois coupable de n’avoir pas répondu à l’appel, comme si j’avais commis une injure à l’instinct de vie, comme une injure à l’essentiel. Coupable de ces corps faits pour le mien dont je n’ai pas usé.

Certains ont des prénoms, d’autres ne sont que des visages.
Ils sont tous mes précieux. Dépositaires, j’en suis sûre, d’une ancienne magie. Celle qui  transforme la chair en rite initiatique.

« A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main »