Le meilleur moment

Je suis en salle de cours. Je m’ennuie. C’est un début de millénaire, mais ça n’y change rien, on s’ennuie toujours aussi ferme dans les salles de classe. Je griffonne distraitement sur mon polycopié. A un moment, une phrase éveille mon intérêt, je ne sais par quelle digression l’enseignant en est venu à évoquer les ébats amoureux mais il soulève, parmi les ricanements de la salle : « …et le meilleur moment, c’est quand on monte l’escalier ».

Il n’avait pas tort, bien sûr. Le désir, c’est de l’attente brûlante, de l’insatisfaction entretenue, de l’anticipation délicieuse.

A la réflexion, je ne suis pas tout à fait d’accord avec lui sur le moment en question. La magie, le point d’orgue, le temps suspendu qui contient toutes les promesses, juste avant qu’on bascule, qu’on chavire, que l’esprit enfiévré laisse place aux sens impérieux qui exigent leur dû, c’est lorsque l’élastique de la culotte glisse, s’enroule et descend le long des fesses. De son côté, libéré, le sexe prend sa respiration, une bienheureuse et longue bouffée d’air alors qu’on remonte à la surface. Avant de replonger.
Ce moment.

Je n’aime pas plus que cela tout ce qui enserre, un vêtement parfait, c’est un vêtement que je ne sens pas. Les élastiques m’entaillent, les étiquettes me démangent, les coutures m’engoncent.
Mais j’en viens presque à regretter quand par un quelconque hasard (ou pas), il n’y a rien à enlever. Car cette touche finale au déshabillage, cet adieu aux dernières pudeurs est un ravissement toujours renouvelé.
Par mes soins ou ceux d’un autre, d’une main experte, blasée ou maladroite, arrachée dans la précipitation ou d’une lenteur savamment calculée, abandonnée à mi chemin (ma préférée), les variantes sont infinies.
Ce moment.

Ceci dit, rien n’empêche de le faire en montant l’escalier.