Avant-première.

J’avais 15 ans. J’avais un amour. Le premier. Léger comme un jour de printemps, fin, souple et rieur. Il l’est toujours, d’ailleurs.

On s’embrassait, consciencieusement. On savait pas bien quoi faire d’autre.

Mon corps réagissait, mais je n’entendais rien aux signaux qu’il m’envoyait. Et de toute façon, ma tête n’y était pas. Baiser, c’est baisser les armes, tout donner, ou tout se faire prendre. Aller à la découverte de soi. Avec violence, si on ne sait pas bien qui on est. A 15 ans, on sait pas bien qui on est.

Pourtant, j’ai un souvenir très net de mon premier bouleversement érotique.

On était dans un troquet, comme souvent. Pour jouer au tarot et aux adultes entre deux cours. Il y avait moi, F., et d’autres. Au moment de partir, une veste reste sur le dossier. L’un de nous s’en rend compte et prévient : « hey, c’est à qui la veste, là? ».

Et là, F., négligemment (terriblement négligemment au vu du tsunami qui a suivi), l’attrape d’un tour de bras, l’approche de son visage et dit en me regardant dans les yeux : « C’est la tienne ». J’ai trouvé cela animal, possessif. Totalement inconvenant, en fait.

Mais à ce moment je ne peux plus bouger. Troublée autant par l’indignation que par la décharge qui irradie encore quelques minutes après. Je ne dis rien, personne ne perçoit ma gêne. Une de mes amies me dit : « ah  c’est rigolo, moi c’est pareil, je suis capable de dire à qui appartient un vêtement rien qu’à l’odeur ». Je lui marmonne un : « ah bon », encore décontenancée par la violence du coup. L’épicentre est identifiable, derrière le nombril, en flou. Il irradie. Je découvre que le désir aussi, ça prend aux tripes. Décidément.

Et puis il faut partir, je prends ma veste et je laisse ce trouble de côté. Il me reviendra, quelques années plus tard, en comblant les absences dans des pulls d’homme abandonnés, en me plongeant dans des oreillers pour dormir dans l’odeur de l’autre.

Il paraît que l’odorat est le sens qui déclenche le plus d’émotions, et qui est le plus guidé par elles, parce qu’il zappe le cortex pour arriver directement dans le limbique. Je n’en sais rien. Mais c’est sûr, c’est celui qui m’a éveillée au désir, un printemps où je payais mes cafés 5 francs au bar en face du lycée.

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